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« La face cachée de la lune et la face cachée de l’Être... Où est la différence? »



Le long d'un sentier de randonnée dans les Alpes, reliant la Suisse et l'Italie ; les pierriers à la frontière me donnaient l'impression paradoxale d'être à la fois sur la lune et profondément liée à la Terre. L'anthologie de poésies d'Etel Adnan 'Le destin va ramener les étés sombres', a vraiment fait écho à cette série pour moi, ou vice versa.

« L’univers, de par son apparence sphérique, ressemble à l’esprit. Pensées et fusées météoriques le traversent. Espace sans stabilité, espace évoluant dans l’espace. Propulsion du moi hors de lui-même. Chaise abandonnée aux vents. Battements de coeur. Sans soleil, jamais le monde n’aurait existé. Oh, la pente raide, de la saison à ses effets!

« Des fleuves anciens se jettent dans des souvenirs anciens. Ils créent des champs liquides comme la musique transforme l’air en sujet de contemplation. Terres planes. Ajouter une goutte d’eau à une autre peut faire apparaître un ange. La lune perce les nuages illuminés et règne solitaire.

Je veux marcher dans des contrées montagneuses. Il y a des nations qui pleurent assises devant un écran plus grand que leurs frontières. Leur cerveau se décomposent. Moi j’écoute. Tout cela sera bien entendu perçu comme un silence, au coeur des tempêtes, sous l’explosion des cieux.
 

« La lumière montre son impatience en jetant des ombres. Nous projetons nos désirs sur la ligne précaire d’horizon, et séparons les mots des objets qu’ils sont censés représenter. La lune ne parle aucune de nos langues.

La vie se concentre à la surface de l’esprit : soit elle accélère le temps, soit elle l’interrompt. La tempête décime la visibilité. La matière dérape d’elle-même. Seuls la forêt et les torrents qui la traversent survivent à cette annihilation. Chaos aux demeures en repos.

Au confluent de l’esprit et de la matière, ou de la pensée et de l’environnement, il y a une étincelle continue. Abattue par le passage implacable de l’après-midi, impossible de voir la plage. Je porte des années d’errance sur le dos. J’aimerais m’en délester.
 

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Et il y a la lune. Son existence pose cette question cruciale : l'Être dissimule-t-il en permanence une face cachée, comme elle ? Le ciel est trop vaste pour que l'on puisse imaginer son étendue. Le système solaire est donc relativement intime. »

« Il y a environ cent milliards d'étoiles dans la Voie lactée, autant que de neurones dans notre cerveau. Nous avons peut-être vingt-quatre milliers de milliards de kilomètres à franchir, jusqu'à la première étoile hors de notre système stellaire, pour trouver un objet aussi complexe que celui qui se tient sur nos épaules. »

« L'horizon demande à ne pas être poursuivi. Nous ne pouvons pas savoir qui a sifflé toute la nuit, car nous avons perdu le titre de propriété du ciel. Les fantômes n'ont pas le pouvoir de transiger avec le passé ; désormais, l'incertitude nous glisse entre les doigts. »



Notes issues de l'anthologie de poésies d'Etel Adnan, 'Le destin va ramener les étés sombres', éd. Points, 2022

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